Déjà presque une semaine que je suis revenu de Bolivie ; j’ai encore la tête pleine d’images…et de souvenirs.
Je revois la tête souriante de Marc, m’accueillant à l’aéroport de La Paz. C’était le 18 juin.
En signe de bienvenue, il m’apportait une écharpe en alpaga….Mon séjour andin pouvait commencer.
Mais, Marc, Thibaut et moi avons vécu tellement de choses, vu tant de merveilles, respiré tant de senteurs, rencontré tellement de personnes qu’il me faut sabrer dans mon récit.
Je n’en garderai que trois points d’orgue : mon atterrissage nocturne à La Paz, la visite des mines de Potosi, et notre incursion au Salar et le désert de Lipes.
La Paz
On m’avait mis en garde sur l’altitude de la capitale (4.000m) et le malaise que cela peut provoquer. Mais coup de bol, rien de tout ça, mis à part un manque d’oxygène à chaque effort….mais c’est une question d’habitude.
J’ai atterri à La Paz vers 3 heures du matin. Une vraie féerie…La ville est située dans une cuvette assez profonde et l’aéroport s’étend sur le rebord de cette celle-ci…l’approche aérienne permet de contempler
une ville brillant de mille feux, des avenues bien régulières tant horizontales que verticales, et des maisons par milliers s’agrippant de toutes leurs forces aux parois de la cuvette.
On la sent animée, vivante, grouillante et on n’est pas déçu.
Dés la sortie de l’aéroport, une poignée de taximen vous hèlent et à bord de leur voiture amortie depuis des lustres, mais pour 2 € ,on descend à fond les pédales les 20 km de route vers la capitale. Le trafic se croise, s’entrecroise,se frôle, jamais de tôles froissées, c’est une longue valse de véhicules allant et venant ne respectant aucune priorité ni celle de droite, ni celle du piéton.....mais personne ne se plaint . Peu de voitures particulières mais une pléthore de taxis et de bus.
Tous s’évertue à émettre un maximum de CO² argumentant leur bon droit par des fanfares de klaxons. Dans chaque bus, un accompagnateur accroché à une rampe, chante le nom des futures haltes et invite les passagers à monter.
La ville grouille de gens de tous univers. Les dames sont superbes….leur chapeau melon noir bien dressé sur leur tête fière, elles rappellent sans cesse de leur main gauche la couverture de couleurs bariolées qui leur couvre les épaules.
Un nombre de jupons important leur façonne un derrière impressionnant. Leur visage cuivré ont ce regard droit et dur des indiens de notre jeune âge ; leur bouche mâchonne en permanence des feuilles de coca…l’état de leurs dents s’en ressent.
Les ruelles sont polluées de petits commerces ; on peut y trouver de tout : des légumes, des fruits, des pétards ( on raffole de cela), des crèmes bronzantes, du PQ par rouleau : le commerce de détail, c’est cela.
Mon gîte pour dormir était situé à deux pas du palais présidentiel. Pour 2,5 €, une maison particulière, celle de Dona Filoména, m’offrait son patio fleuri, une chambre seul avec commodités dans la pièce avoisinante.
Marc et Thibaut prenaient la chambre en face.
Rien que du bonheur !!!
Thibaut avait déniché un petit resto de derrière les fagots et qui offrait à ses visiteurs le menu à 25 Bolivianos ( 2,5) : soupe de crème d’asperges et steak de lama : la Tour d’Argent et ses 3 étoiles.
Si vous êtes en manque de sensations fortes et de dépaysement, foncez là-bas, vous n’aurez aucun regret.
Potosi.
Samedi 23 juin
La ville la plus haute du monde ( 3.967 m) fut fondée en 1545 au pied du Cerro Rico (montagne riche) afin d’y exploiter les mines d’argent …. Don Quichotte (et les espagnols encore aujourd’hui) employait l’expression « vale un Potosi », ce qui signifie …. « c’est le Pérou… ». Elle fut durant toute cette période la deuxième ville la plus peuplée d’Amérique du Sud et c’est par millions que les Indiens, asservis par les Espagnols, moururent dans ces mines, asphyxiés par la poussière, et le labeur infernal exigé. Les péons, devaient par exemple ramener en surface 30 sacs de minerais par jour s’ils voulaient être payés.
Notre passage dans cette ville fut assez bref….Nous logions chez Koala, une « auberge » connue de tous les bourlingueurs ; le patron, bolivien, est un ancien guide, et son frère est toujours mineur à Cerro Rico.
Nous décidons de visiter ce fameux gruyère qui a enrichi tant de colons espagnols. Un bus vint nous chercher à l’ostal pour nous conduire dans une partie perdue de la ville. Nous sommes une vingtaine de femmes et d’hommes de vingt-cinq ou trente ans…je suis le seul vieillard de l’expédition. Là, nous y trouvons l’harnachement complet du parfait mineur : bottes, pantalon, veste, casque et lampe frontale. Et pour le prix d’1€, nous recevons en prime un foulard à nouer devant la bouche et sensé nous protéger de la poussière. Le guide nous propose même des feuilles de coca ; elles font partie de la vie quotidienne de ces mineurs et elles calment les souffrances de ce dur labeur. Et avant de rentrer dans la gueule béante de la mine, il nous faut aussi apprécier un capuchon d’alcool à 96° ….et ça décape !!!
Nous sommes à 4.400m d’altitude…l’air devient de plus en plus rare mais la visite peut commencer. Nous suivons à la lueur de nos lampes les rails des wagonnets; elles se fraient un passage dans un couloir étroit de +/- 60cm sur 150cm
de haut. Des pierres jonchent le sol et il me faut faire attention…mon casque heurte les parois, j’avance le tronc courbé, la bouche fermée, c’est l’enfer !! L’air est rare, la chaleur intense (jusqu’à 35°), la poussière omni-présente.
De temps en temps, un wagonnet poussé par 3 hommes dévalent la pente de la mine…Nous devons l’éviter en nous fondant sur la paroi. Mais je pense au retour : toujours ces 3 indiens mais le wagonnet sera plein de 500 kg de pierres et il leur faudra remonter jusqu’à la lumière. Nous pensons beaucoup à ces ouvriers dont la durée de vie dépasse rarement 45 ans et qui doivent se sacrifier 9 heures par jour pour un salaire de 10€. Nous les voyons passer : petits, jeunes, alertes sur leurs maigres jambes, le visage noirci par la poussière. Rien n’allège leur labeur : pas de pause, pas de boisson rafraîchissante rien que l’obscurité et des outils d’un autre temps.
Nous, nous reprenons notre progression. Nous avançons dans des boyaux pentus de 60cm de diamètre, en nous laissant glisser sur le derrière, ou la tête en avant nous rampons vers le sommet. Et toujours pas d’air….à plusieurs reprises je dois marquer un stop pour essayer de gober, hors poussière, un peu de ce précieux élément. J’ai vraiment peur de ne pas arriver au bout….c’est dur…je pense « jamais je n’aurais dû me trouver ici…je suis trop vieux et ma santé ne le permet pas…mais quelle expérience enrichissante !!! » Et cela continue : assis, couché, accroupi, en avant, en arrière, ce sont finalement les positions normales. Et toujours ce casque qui se cogne aux parois…les verres de mes lunettes
sont embués,mouillés et crasseux et je n’ai pas le temps de les essuyer. Le guide vient près de moi et comprend ma peur. Il m’encourage « fuerte,Senor ». Désormais je fermerai la marche et il me suivra. Ouf !!C’est la fin de la visite, je vois poindre le ciel. Je dois m’allonger, m’étirer et ouvrir bien grande ma cage thoracique : que c’est bon un peu d’oxygène.
Mais j’ai une pensée émue et compatissante pour ces millions de descendants « d’Incas » morts au travail et pour leurs femmes et leurs enfants devenus veuves et orphelins rien que pour enrichir la bourse de quelques colons cupides.
Le Salar et le désert de Lipes
Lundi 25 juin
Nous arrivons à UYUNI le samedi 23 pendant la nuit, après un trip en car de 7 heures. C’est la nuit de la Saint-Jean et pour les Boliviens, très croyants et très crédules, c’est l’occasion de se souhaiter bonne chance et d’accueillir l’hiver qui commence. Notre expédition partira lundi ; nous avons trouvé une agence qui offre ce périple qui durera 3 jours et 2 nuits pour 80$. Ce sera l’occasion pour Thibaut de fêter dignement son anniversaire : 28 ans !!
Un Toyota 4/4, avec chauffeur-mécanicien hors pair, accompagné de son épouse, cuisinière chevronnée viennent nous chercher à l’hôtel. Nous serons accompagnés par Alfonso, un madrilène que nous conduirons à la frontière chilienne, et par 2 jeunes soeurs coréennes, U-yan et Mo-yan. Nous quittons Uyuni pour faire une première halte au « musée du train », un endroit désert où rouillent des dizaines de trains, wagons et autres locomotives anciennement chargés de conduire les marchandises vers le Chili. Mais le Salar est déjà là. Un ancien lac, complètement asséché, nous offre une vue époustouflante de 12.000 km² de sel, blanc, blanc à perte de vue. Et déjà c’est l’arrêt et la visite d’une mine de sel. Nous pouvons
visiter les salines et en comprendre le processus. Et ils ont de quoi voir venir : des experts parlent d’une couche de sel allant parfois jusque 400 mètres de profondeur. Et si les exploitants souffraient d’hypertension ??
Nous repartons et nouvelle halte pour visiter un hôtel complètement construit en sel : les murs, les fenêtres, les meubles etc… Surprenant !!!
Et puis ce sont 100 km d’une piste toujours aussi blanche. Les reflets du soleil éclaboussent le sel et agressent les yeux…des verres fumés sont indispensables. Et puis, surprise, nous arrivons à une oasis perdue dans cette mer de sel : des centaines de cactus se dressent fièrement au milieu de ce désert. Une promenade est tout indiquée dans cette montagne d’épines et où parait-il, ses habitants ne croissent que d’un centimètre par an….et il y a des cactus qui ont plus de 12 mètres de taille…extraordinaire !! Quelle singularité parfois la nature nous réserve….
Nous nous endormons le soir dans un gîte plus que sommaire, en plein Salar …il fera froid cette nuit : on annonce -20°.
Mardi 26 juin.
Debout à 6 heures, nous nous hâtons sur la banquise d’admirer le lever du soleil…magnifique de voir cette lueur sanguinolente et orange éclater ses premiers rayons d’abord contre la montagne puis apparaître en plein ciel et projeter la lumière
de son disque rose,orange, rouge sur l’immensité de la plaine blanche…quel spectacle grandiose ; Marc en fera des dizaines de photos et dans toutes les positions.
Une petite discussion la veille avec le guide laissera planer un doute sur l’issue de la journée mais finalement, convaincu par son épouse, la brave Mia, c’est un guide encore éméché par l’alcool qui prendra la route vers 9h30.
Nous quittons alors définitivement le sel du Salar pour nous enfoncer dans le désert du Lipes ; mais la seconde journée est un ton en dessous de la veille. La Toyota nous emmène dans une nécropole « inca » ; le site est peut-être réel mais les crânes et ossements entassés dans les tumulus me laissent à penser à un montage touristique.
Mais une personne vit là seule dans ce bled de San Pedro : c’est Marcellina . Dans sa maison de 4 sur 4, entourée d’un mur de 1,5 m, alors qu’il n’y a pas un brin d’herbe ni une pousse d’arbre à 10 km à la ronde, cette vieille vit là avec 5 poules tellement maigres qu’un renard affamé renierait. Mais Marcellina , qui s’est rabougrie et ratatinée de ses 85 ans, nous offre un visage rayonnant. Ses yeux bruns perçant nous dévisagent amicalement et avec un sourire déridant sa bouche, elle nous tend une main agressée par la dureté de la vie : les ongles ont disparu, des crevasses profondes labourent les doigts et la paume, des veines saillantes irriguent encore difficilement ces bouts de poignets.
Puis nous reprenons la route pour quelques heures de trajet. Le 4/4, conduit de main de maître, arrive vers les 15 heures à la Laguna Canapa, un spectacle de calme et de bien-être, au milieu des oyats. C’est peut-être cela le paradis.
Et les lamas, flamants et autres alpagas l’ont compris. Ils sont tous occupés à s’amuser dans le lac et ne s’occupe même pas de notre arrivée. Seul, un petit renard curieux, viendra jusqu’à nous . Et ce sera le même décor au Lac Hélionda.
Ces « laguna » sont pleines de charme et de tranquillité. Entourées de montagnes, elles baignent leurs eaux vertes et bleues dans cette immensité désertique et souffrent d’une chaleur étouffante le jour et d’une froidure intense la nuit.
Puis ce sera notre rencontre avec le « Arbor du Piedra » ou l’Arbre de Pierre, un curieux rocher perdu là dans la neige et la glace et qui a la bizarre forme d’un arbre déployant tout son branchage. Il est magnifique et c’est l’érosion de milliers d’années qui lui ont creusé des formes aussi originales.
18 heures, nous arrivons au gîte pour notre deuxième nuit. Il fait glacial, nous frissonnons et 2 duvets ne me permettront pas de m’endormir. La nuit est interminable !! Il fait de plus en plus froid et l’obscurité m’empêche de lire l’heure.
Mercredi 27 juin
Debout à 5 H 45’. Nous allons monter à 5.100m (ce qui permet à Thibaut de nous rappeler que le Mont Blanc culmine à 4.808 mètres) découvrir les geysers. Il fait caillant, le guide perd la piste et s’enfonce dans 40 cm de neige ! Nous devons tous sortir du 4/4 et pousser ce monstre hors de son ornière. La neige s’enfouit dans nos chaussures, nos pieds sont trempés. Tant pis, on continue.
Les geysers sont maintenant devant nous, chauds, brumeux, puissants. Quel spectacle grandiose. Que la nature est forte et que ne recèle t’elle pas de richesses prodigieuses !!!
Nous les quittons à regrets pour nous diriger à 30 minutes de là vers les sources chaudes du Lipes. Elles feront le bonheur de Marc, Thibaut, Alfonso et des sœurs coréennes qui en maillot de bain vont plonger dans ce bassin de bonheur et d’eau chaude. D’autres bourlingueurs viendront nous y retrouver et ce bain deviendra vite la piscine de grands plaisirs.
Après un copieux petit déjeuner et une crevaison pour dessert, nous arrivons au Lago Verde. Le décrire tient de la gageure….il n’y a pas de mots ; rien que du respect pour cette beauté que la nature nous offre. Deux montagnes enneigées se reflètent dans un lac vert émeraude et leurs sommets donnent l’impression d’une douce quiétude et d’une léthargie que rien ne peut troubler. Nous sommes loin de La Paz grouillante, loin de ces gens qui se bousculent sur les Champs Elysées, loin de ces querelles mesquines et partisanes entre UMP et PS (ou entre francophones et flamands). Ah !! C’est sûrement Nicolas Hulot qui a raison….et il est grand temps de réagir et de mener d’autres combats que des luttes de pouvoirs et d’argent. La Nature doit vaincre…et à nouveau elle nous prouve qu’il y a Quelqu’un qui maîtrise tout ce paradis.
Douane chilienne. Nous faisons vite une escapade dans ce pays inconnu, une photo, puis nous abandonnons Alfonso, les pieds dans la neige.
L’heure du retour a déjà sonné. Pendant 2 heures et demie, nous allons retraverser le désert vers UIyuni à grande allure. Nous arriverons à bon port vers les 18 heures, juste le temps de nous séparer des sœurs, de faire un petit pipi et se hâter vers le terminal des bus où pour 60 Bolivianos et un trajet de 400 km un véhicule plus qu’encombré nous mènera jusque Sucre avec transfert à Potosi dans un taxi. Le taximan,très gentil au début, commence à enfiler cigarette sur cigarette
et une petite bouteille plastic remplie d’alcool l’abreuve à petites gorgées. Ca aide car son vieux tacot roule de plus en plus vite. Ouf ! Nous arrivons dans La blanche Plata ( Sucre) mais il est 2heures 30 du matin et aucun ostal ne veut nous accueillir. Après trois bons quart d’heure de recherche, nous sommes les hôtes du Charkas (autre nom de Sucre) pour 160 bolivianos à nous trois. C’est cher mais c’est notre dernière chance de pouvoir apaiser une journée et une demi nuit éprouvantes.
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